De combien d’argent les millennials ont-ils besoin pour prendre leur retraite ?

Les millennials, nés entre 1980 et 1996, représentent la première génération à devoir financer une retraite potentiellement plus longue que celle de leurs parents, avec des revenus réels souvent inférieurs à ceux des boomers au même âge. La question du montant nécessaire pour prendre leur retraite ne se résume pas à un chiffre unique. Elle dépend d’un entrelacement de variables que les projections classiques peinent à capturer.

L’effet inflation sur le capital retraite des millennials

Le raisonnement le plus répandu consiste à estimer le capital nécessaire aujourd’hui, puis au projeter dans le futur. Un calcul partagé en 2024 sur le forum r/investing illustre cette mécanique : un retraité américain de 67 ans touche environ 2 000 dollars par mois de Social Security, soit autour de 36 000 dollars annuels pour un foyer moyen. Ce montant ne couvre qu’une fraction du revenu à remplacer.

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Pour combler l’écart, il faudrait disposer d’environ 1,2 million de dollars d’épargne au moment du départ. Mais les plus âgés des millennials n’atteindront 67 ans que dans une vingtaine d’années. En intégrant une inflation annuelle de 3 %, ce même calcul fait grimper le besoin de capital à environ 2,5 millions de dollars.

Ce type de projection repose sur trois paramètres combinés : la valeur future des prestations publiques, un taux de remplacement du revenu, et une hypothèse d’inflation constante. Modifier l’un de ces paramètres de quelques points change radicalement le résultat final. Les données disponibles ne permettent pas de fixer un montant universel, parce que chaque hypothèse repose sur des trajectoires économiques incertaines.

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Un jeune homme millennial rencontre un conseiller financier pour discuter de son plan d'épargne retraite

Pourquoi les millennials partent avec un retard financier structurel

Les milléniaux ont terminé leurs études ou démarré leur carrière au moment de la crise financière de 2008-2009. Cette période a façonné durablement leur rapport aux placements et à l’épargne. Le taux de chômage chez les jeunes adultes a bondi pendant cette crise, retardant l’entrée sur le marché du travail et, par extension, le début de la constitution d’un patrimoine.

Ce retard initial n’est pas anodin. En matière de placements à long terme, les premières années de cotisation comptent davantage que les dernières grâce à l’effet des intérêts composés. Quelques années de retard à 25 ans pèsent plus lourd qu’une décennie de rattrapage à 45 ans.

À cela s’ajoute le poids de l’endettement étudiant et la hausse du coût du logement, qui ont comprimé la capacité d’épargne pendant la période où elle aurait eu le plus d’impact. Les dépenses contraintes absorbent une part du revenu significativement plus élevée que pour la génération précédente au même âge.

Espérance de vie et durée de retraite : le facteur que les calculateurs sous-estiment

L’espérance de vie au Canada dépasse 83 ans. Une part notable des millennials et des membres de la génération Z s’attendent à vivre jusqu’à 100 ans, selon les tendances rapportées par plusieurs études sur les attentes générationnelles. Financer 30 à 35 ans de retraite ne demande pas le même capital que financer 15 à 20 ans.

Cette réalité transforme le calcul de base. Chaque année de retraite supplémentaire exige un capital proportionnellement plus important, mais aussi une stratégie de placement qui protège contre l’érosion monétaire sur plusieurs décennies. Les portefeuilles trop conservateurs, souvent recommandés aux retraités, deviennent inadaptés quand la retraite dure aussi longtemps qu’une carrière.

Les systèmes de retraite publics n’ont pas été conçus pour cette durée. Ils reposent sur des ratios cotisants/retraités qui se dégradent mécaniquement quand la longévité augmente et que la natalité recule. Pour les millennials, compter sur les prestations publiques comme socle principal relève d’un pari que les tendances démographiques rendent fragile.

Ce que change une retraite de 35 ans par rapport à 20 ans

  • Le capital nécessaire ne double pas : il augmente de manière non linéaire, parce que les frais de santé s’alourdissent en fin de vie et que l’inflation grignote le pouvoir d’achat année après année.
  • La tolérance au risque doit rester partiellement élevée même après le départ en retraite, ce qui contredit la stratégie classique de bascule vers les obligations.
  • Les revenus complémentaires (travail à temps partiel, revenus locatifs) deviennent un levier structurel plutôt qu’un simple complément.

Un couple de millennials examine ensemble un calculateur de retraite sur une tablette dans leur appartement

Objectif retraite millennials : au-delà du chiffre brut

Fixer un montant cible sans définir un mode de vie attendu n’a pas de sens opérationnel. Un millennial qui prévoit de vivre dans une ville à coût élevé, avec des enfants encore partiellement à charge, n’a pas les mêmes besoins qu’un autre qui envisage de s’installer dans une zone rurale sans crédit immobilier.

La variable la plus déterminante reste le taux de remplacement du revenu visé à la retraite. La plupart des modèles tablent sur un remplacement de 70 à 80 % du dernier salaire. Pour les millennials dont les revenus ont été irréguliers ou qui ont connu des périodes de freelance, calculer ce taux à partir du « dernier salaire » ne reflète pas la réalité.

L’approche par les dépenses annuelles projetées donne un résultat plus fiable : estimer ce que coûtera la vie souhaitée, en retrancher les revenus garantis (pensions publiques, éventuels revenus passifs), et calculer le capital nécessaire pour couvrir la différence sur la durée estimée de la retraite.

Les postes souvent sous-estimés

  • Les dépenses de santé non couvertes par les systèmes publics, qui augmentent fortement après 75 ans.
  • Le soutien financier aux enfants adultes (études prolongées, aide à l’accession au logement), une réalité de plus en plus fréquente.
  • L’adaptation du logement au vieillissement, qui représente un coût ponctuel mais élevé.
  • L’inflation sur les loisirs et les voyages, postes que les millennials placent au centre de leur vision de la retraite.

Le chiffre de 2,5 millions de dollars projeté pour le contexte nord-américain donne un ordre de grandeur, pas une cible universelle. Le montant réel dépend davantage du mode de vie choisi que du revenu actuel. Pour les millennials qui disposent encore de deux à trois décennies avant la retraite, la marge de manœuvre existe, à condition que l’épargne commence ou reprenne sans attendre que les conditions soient idéales. Elles ne le seront probablement pas.

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